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Interpellation: le gouvernement du Canada ne tient pas compte des Canadiens qui demandent que l'on mette fin à la chasse commerciale au phoque

L'honorable Mac Harb, ayant donné avis le 25 mars 2009 :

Qu'il attirera l'attention du Sénat sur le fait que le gouvernement du Canada ne tient pas compte des Canadiens qui demandent que l'on mette fin à la chasse commerciale au phoque au Canada.

— Honorables sénateurs, le rôle du gouvernement dans notre régime démocratique est d'être réceptif et responsable. Le gouvernement actuel n'est ni réceptif ni responsable dans le dossier de la chasse commerciale au phoque au Canada.

Selon un sondage mené par Environics Research en décembre 2008, une majorité de Canadiens, 65 p. 100, pensent que la chasse commerciale au phoque est une industrie désuète qui devrait être progressivement éliminée; 72 p. 100 des Canadiens s'entendent pour dire que le gouvernement du Canada devrait interdire la chasse au phoque et investir dans le recyclage professionnel des personnes concernées. Une plus grande majorité de Canadiens, 78 p. 100, ne veulent pas que le gouvernement investisse leur argent et déploie des efforts pour faire pression sur les gouvernements étrangers afin de maintenir en vie cette industrie moribonde. Une écrasante majorité de Canadiens, 84 p. 100, pensent que le gouvernement du Canada devrait investir dans les programmes d'emploi afin d'aider les chasseurs commerciaux de phoque à trouver d'autres emplois pour arrondir leurs revenus de la pêche. Ces Canadiens essayent par tous les moyens possibles de faire passer leur message au gouvernement.

Je sais que les sénateurs ont reçu maints courriels, lettres et appels à ce sujet. Je ne pense pas me tromper en disant qu'ils ont été contactés pas des milliers de Canadiens. J'ai reçu plus de 90 000 courriels, des milliers de cartes postales contre la chasse au phoque, des milliers de pétitions nous demandant d'y mettre fin, des lettres minutieusement écrites à la main et, bien évidemment, des appels téléphoniques venant de tous les coins du pays. Ces personnes prennent le temps de nous laisser savoir ce qu'elles pensent de la chasse au phoque, une industrie qui n'a plus d'avenir et qui n'est plus viable.

Bien des sénateurs ont eu, comme moi, le plaisir de travailler à l'autre endroit. Pendant mes quatre mandats à titre de député élu, aucun autre sujet n'a suscité une telle réaction de la part des Canadiens, et nous avons débattu de bien des sujets importants et controversés pendant ces années. Aucun dossier n'a suscité un tel élan de soutien, pour des motifs allant de la viabilité économique à la compréhension scientifique de la complexité de la chaîne alimentaire dans l'Atlantique, en passant par l'inquiétude au sujet du traitement humain des mammifères marins.

Outre se rendre en personne aux bureaux des sénateurs, ces Canadiens ont utilisé et continueront d'utiliser des moyens modernes de communication pour laisser savoir aux sénateurs ce qu'ils pensent de la poursuite de la chasse commerciale aux phoques. Ils veulent être entendus et s'efforcent de transmettre leur message en respectant le processus démocratique traditionnel. Nous avons toutefois appris que bon nombre de leurs représentants sur la Colline du Parlement ignorent leurs appels téléphoniques, bloquent leurs courriels, ferment leur porte et refusent même de débattre du sujet à la Chambre qui a justement été créée à cette fin.

[Français]

Les États-Unis, la Belgique, les Pays-Bas, l'Italie, l'Autriche, la Croatie, la Slovénie, l'Allemagne, la Suisse, la Hongrie, la République tchèque, le Mexique, le Panama, la France et, dernièrement, l'Espagne ont soit interdit le commerce des produits du phoque ou ont entrepris des démarches à cette fin. L'Union européenne mettra aux voix prochainement une proposition visant à interdire le commerce des produits du phoque sur l'ensemble de son territoire. En outre, dans la région de l'Atlantique, l'industrie des fruits de mer fait l'objet d'un vaste boycottage mené par les États- Unis pour protester contre la chasse au phoque commerciale.

Ces gouvernements ont écouté les intéressés et tenu compte de leurs avis dans leurs décisions.

[Traduction]

La Gazette de Montréal a publié le 10 mars dernier cette lettre à la rédaction :

Je suis contre la chasse commerciale aux phoques. Mes amis et ma famille sont également contre. Je ne crois pas me tromper en affirmant que la majorité des gens que je connais à Montréal s'y opposent également.

Alors, pourquoi est-ce que mes représentants élus appuient cette chasse? [...] J'aimerais que mon député me dise pourquoi il est préférable que mon argent serve à financer les chasseurs de phoques au détriment de l'infrastructure ou des soins de santé? Je crois que nous méritons tous de connaître la réponse.

Amy, de Dundas, en Ontario, a écrit ceci :

Il est cruel pour les citoyens de ce merveilleux pays que cela continue année après année, sans que notre gouvernement fasse quoi que ce soit...

[Français]

Pascal, de Pierrefonds, au Québec, a écrit :

J'appuie fermement cette initiative et vous prie de faire part de ma position à mon député et autres sénateurs pour qu'ils sachent que je souhaite la cessation immédiate de cette activité qui nous fait honte.

[Traduction]

Au lieu d'écouter ce que lui dit la majorité des Canadiens, croyez- le ou non, le gouvernement a en fait augmenté le nombre total de prises admissibles dans le cas de la chasse au phoque commerciale en 2009. Les honorables sénateurs qui portent attention sauront que cette augmentation est toute symbolique parce qu'il n'y a pas de marchés pour ces peaux — il n'y en a pas plus pour 280 000 peaux qu'il n'y en avait pour 275 000. Le gouvernement essaie de soutenir une industrie qui met la vie des chasseurs de phoques en danger dans une course effrénée qui oppose les chasseurs aux chasseurs pour des peaux de phoque que personne ne veut.

Récapitulons les faits, honorables sénateurs. Les marchés du monde entier se ferment aux produits dérivés du phoque. Le prix des meilleures peaux a chuté de 62 $ en 2007 à 33 $ en 2008 et on s'attend à ce qu'il baisse encore cette année. Les peaux sont empilées dans des entrepôts — 50 000 à Terre-Neuve et 140 000 au Groenland. Aucune fourrure de phoque n'a été vendue de toute l'année 2008 à la vente aux enchères de fourrures internationale à Copenhague ni à la vente aux enchères de fourrures à North Bay, en Ontario, en janvier 2009. S'il s'agit vraiment d'une chasse viable régie par le marché, comme le gouvernement le prétend, alors le quota pour cette année devrait être de zéro.

[Français]

La valeur au débarquement du produit de la chasse au phoque de 2008 pratiquée à Terre-Neuve, qui compte pour 95 p. 100 des captures, est de 6,5 millions de dollars comparativement à 11 millions de dollars en 2007 et à 30 millions de dollars en 2006. La valeur de l'ensemble des prises débarquées en 2008 dans l'ensemble des provinces est de 6,9 millions de dollars.

Les carcasses des 290 000 phoques abattus en 2008 ont pour la plupart été laissées sur la glace parce qu'il y avait peu de demandes pour le petit lard et la viande. En 2008, la valeur du petit lard débarqué était de 73 000 $ et celle des nageoires, de 36 000 $.

Même lorsque le prix de la fourrure est plus élevé, les pêcheurs ne tirent qu'une faible partie de leur revenu annuel — environ 5 p. 100 en 2008, ou 1100 $ par chasseur avant déduction des frais — de leur participation à la chasse commerciale au phoque, et cet à-côté est tout sauf abordable, qu'on pense au coût des munitions, du carburant, des assurances, des radoubs aux bateaux endommagés, sans oublier les risques pour la santé, voire la vie des chasseurs.

[Traduction]

Il est difficile d'imaginer que les chasseurs pourront recouvrer leurs coûts cette année, et ils auront encore plus de mal à faire des profits. Les chasseurs s'appauvriront et les contribuables canadiens devront payer la note. Tout cela coûte cher : les sauvetages réalisés par la Garde côtière, les patrouilles aériennes effectuées pour trouver les troupeaux et de 40 000 à 50 000 $ par jour pour les services des brise-glace. En 2007, nous avons déboursé 3,4 millions de dollars au titre de l'aide fournie par la Garde côtière aux bateaux de chasseurs de phoques.

Les Canadiens qui appellent aux bureaux des sénateurs et qui remplissent leurs boîtes de réception de courrier électronique, les implorant de les écouter, voient leurs impôts être versés aux sociétés de traitement et de commercialisation de la fourrure par l'entremise de ministères et d'organismes comme Ressources humaines et Développement des compétences Canada et l'Agence de promotion économique du Canada atlantique. L'argent de leurs impôts paie de coûteuses missions gouvernementales de lobbying qui visent à ranimer des marchés en perte de vitesse parce qu'un nombre croissant de pays interdisent l'importation des produits du phoque. Les contribuables paient également les coûts de plus en plus élevés de la surveillance, de la réglementation et de l'exécution de la chasse commerciale au phoque, le gouvernement s'efforçant en vain de respecter des normes étrangères acceptables qui doivent garantir une chasse sans cruauté et durable.

(1800)

Honorables sénateurs, certes, la plupart des industries au Canada reçoivent un certain soutien de l'État, directement ou indirectement, mais il y a de bonnes subventions, et il y en a de mauvaises. Malheureusement, le gouvernement dépense l'argent des contribuables par millions pour soutenir un secteur d'activité qui se meurt au lieu d'utiliser cet argent pour orienter l'économie de la côte est vers des industries qui seront plus rentables à l'avenir.

Les seuls facteurs économiques suffisent à nous convaincre de mettre un terme à la chasse commerciale et d'utiliser nos ressources et notre énergie pour appuyer les travailleurs dont l'objectif est de gagner leur vie de façon honnête et respectable dans une industrie qui existera toujours dans un an, une décennie, une génération. La chasse commerciale au phoque ne répond pas à cette description. Nous avons le devoir, envers ces Canadiens et envers tous leurs concitoyens, de trouver et de soutenir d'autres activités rentables. Étrangement, le gouvernement du Canada est peu disposé à consacrer ses efforts à la création d'emplois sûrs et durables pour les Canadiens qui habitent dans des régions de pêche.

Depuis des décennies, la chasse aux jeunes phoques dresse les intérêts de quelques milliers de chasseurs contre ceux de la majorité des Canadiens, qui ont l'impression que les coûts économiques et autres de la chasse l'emportent sur de maigres profits.