L'honorable Mac Harb, ayant donné avis le 2 avril 2009 :
Qu'il attirera l'attention du Sénat sur la nécessité, pour le gouvernement du Canada, d'utiliser ses ressources afin d'aider les Canadiens qui pratiquent actuellement la chasse au phoque commerciale à faire la transition vers de nouveaux secteurs d'activité viables pour le bien de ces personnes, de leurs collectivités et de toute la population canadienne.
— La chasse au phoque commerciale au Canada est une industrie moribonde. À l'instar de la chasse à la baleine commerciale auparavant, la chasse au phoque commerciale n'a plus de marché, n'a plus l'appui du public et ne fournit plus aux pêcheurs commerciaux le revenu supplémentaire qu'elle leur permettait de toucher dans le passé. Le pire — et cela en dit long, compte tenu de la nature de l'activité —, c'est que le gouvernement n'a prévu aucune stratégie en vue de réorienter les phoquiers vers d'autres industries qui pourraient tirer profit de leurs compétences, de l'atout que constitue l'endroit où ils vivent et de la période creuse précédant la reprise des principales pêches. Au lieu de cela, le gouvernement continue de soutenir une industrie qui oppose ces travailleurs à la majorité des Canadiens et des gens des quatre coins de la planète dans une bataille pour ainsi dire perdue d'avance.
Comme vous le savez, l'opposition farouche que suscite la chasse au phoque commerciale a conduit bon nombre de pays à boycotter les produits du phoque. Au cours des prochaines semaines, l'Union européenne mettra aux voix une proposition visant à interdire le commerce de produits du phoque à l'échelle européenne. Les prix des fourrures ont dégringolé cette année au Canada, pour s'établir à 15 $, parce que la demande n'est pas au rendez-vous — il s'agit d'une diminution de 86 p.100 depuis 2006. Malgré des subventions publiques substantielles, l'industrie du phoque représente moins de 0,5 p. 100 du produit intérieur brut de Terre-Neuve-et-Labrador. En 2008, les prises de phoques, d'une valeur de 6,5 millions de dollars, n'ont compté que pour 1,2 p. 100 de la valeur au débarquement des produits de la pêche, une valeur de 1 milliard de dollars pour l'ensemble de l'industrie de la pêche à Terre-Neuve.
La chasse au phoque commerciale est une activité dangereuse, intense et effrénée qui se tient sur quelques jours seulement chaque année. Les chasseurs de phoque sont des pêcheurs commerciaux qui tirent en moyenne moins de 5 p. 100 de leur revenu annuel de la chasse au phoque. En 2006, alors que les peaux se vendaient à un prix artificiellement gonflé, la majorité — soit environ 75 p. 100 — des collectivités terre-neuviennes où l'on pratique la chasse au phoque ont rapporté que moins de 5 p. 100 de leurs revenus provenaient de cette activité, alors que plus de la moitié d'entre elles tiraient moins de 2 p. 100 de leurs revenus d'emploi de cette chasse. C'est une activité qui a lieu en dehors de la saison de pêche et qui ne contribue pas pour beaucoup au revenu annuel des pêcheurs. Compte tenu des conditions dangereuses et peu prévisibles de la glace, ces pêcheurs risquent leurs bateaux, leur équipement et malheureusement parfois même leur vie pour pouvoir accroître leur revenu annuel de quelques centaines de dollars.
Soyons francs. Les pêcheurs ne tirent pas leur gagne-pain de la chasse au phoque. commerciale D'ailleurs, pour un grand nombre des quelque 6 000 chasseurs de phoque qui ont participé à la chasse en 2008, cette activité n'est plus rentable, même à tire de revenu supplémentaire. Compte tenu de la dégringolade des prix et de la faible demande pour cette fourrure, les chasseurs de phoque gardent leurs bateaux à la maison cette année.
Un chasseur de longue date, un certain Jack Troake, qui chasse le phoque depuis 1951, a dit ce qui suit au journaliste du Telegram : « Il faut pouvoir compter sur un marché pour un certain nombre de prises. Il ne vaut pas la peine de sortir pour moins de 1 000 prises... » Comme il n'y a pas de marché, pour la première fois depuis plus de 50 ans, cet homme ne se donnera pas la peine de sortir cette année.
Que fait le gouvernement dans tout cela? Prend-il les moyens nécessaires pour trouver une nouvelle source de revenus pour remplacer les revenus perdus? Rencontre-t-il les représentants des collectivités de pêcheurs pour assurer un retrait en douceur de cette dangereuse et moribonde chasse au phoque?
Le sénateur Harb : Honorables sénateurs, il est pour le moins troublant et même choquant de voir que la province et le gouvernement fédéral continuent de promouvoir et d'encourager une industrie aussi dangereuse, peu rentable et peu profitable comme étant la seule possibilité d'emploi pour les gens qui vivent dans des régions rurales éloignées. À mon avis, ils ne donnent pas à ces Canadiens ce qu'ils sont en droit d'attendre et ils ne remplissent pas la partie de leur mandat qui leur demande, entre autres, de rendre le Canada plus fort et plus concurrentiel et d'améliorer la qualité de vie des Canadiens.
Permettez-moi de citer un passage du mandat de Ressources humaines et Développement des compétences Canada :
Il incombe au gouvernement d'aider les Canadiens et les Canadiennes ainsi que de créer des programmes et d'appuyer des initiatives qui aident la population canadienne à franchir les étapes, d'un emploi à un autre.
Les Canadiens attendent du gouvernement actuel qu'il assume ses responsabilités. Selon un sondage récent mené par Environics Research, 72 p. 100 des Canadiens souhaitent que le gouvernement du Canada interdise la chasse au phoque et qu'il investisse plutôt dans le recyclage professionnel des personnes concernées.
Le sénateur Harb : Les Canadiens expriment ce que nous devons tous entendre pour mieux y donner suite. Le moment est venu d'investir dans des perspectives d'emploi à plein temps durables et mieux adaptées à la réalité du XXIe siècle. Les gens qui travaillent encore dans le secteur moribond de la chasse au phoque ne méritent rien de moins.
Quelles solutions à long terme le gouvernement devrait-il envisager à ce point? Le Fonds international pour la protection des animaux, qui a étudié pendant plus de 40 ans la chasse au phoque commerciale au Canada, a travaillé avec diligence pour convaincre le gouvernement de proposer aux chasseurs de phoque des possibilités d'emploi de substitution, à long terme et durables. L'une des solutions les plus évidentes et les plus efficaces, c'est-à-dire le rachat de l'industrie de la chasse au phoque, consiste à échanger de l'argent du fédéral contre des permis de pêche. Ce n'est pas un concept entièrement inédit. En effet, des programmes de rachat ou de retrait de permis ont été mis en œuvre depuis des dizaines d'années au Canada, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Europe, en Australie, à Taïwan et dans autres pays, lorsque des pêcheries fermaient ou lorsque la capacité halieutique diminuait.
En 1992, après l'effondrement de la pêche à la morue du Nord au Canada atlantique, le gouvernement canadien de l'époque a investi près de quatre milliards de dollars pour aider les pêcheurs et les travailleurs des usines de transformation à s'ajuster aux fermetures. Avant le moratoire de 1992, l'industrie de la pêche à la morue générait 250 millions de dollars par année. Pour votre information, honorables sénateurs, en 2008, la valeur générée par la chasse au phoque à Terre-Neuve-et-Labrador atteignait environ 6,5 millions de dollars. Il est facile de voir que les fonds nécessaires au rachat de l'industrie de la chasse au phoque seraient insignifiants en comparaison des montants versés dans le passé pour les rachats de permis de pêche.
[Français]
Les programmes peuvent être combinés avec des initiatives de recyclage professionnel et de développement économique communautaire, telles que le Fonds d'adaptation des collectivités de 1 milliard de dollars annoncé récemment pour atténuer les répercussions à court terme de la restructuration au sein des collectivités.
(1630)
Le gouvernement a annoncé le programme; il lui reste à l'exécuter là où les besoins sont les plus pressants.
Ce genre de fonds pourrait être utilisé pour permettre aux collectivités, qui vivaient auparavant de la chasse au phoque, de se tourner vers l'industrie du tourisme. La proximité de la pouponnière de phoques fait de ces collectivités des destinations écotouristiques idéales puisqu'elle leur garantit des rentrées de fonds et crée des emplois pour les résidants.
[Traduction]
Le tourisme nature est le segment du secteur canadien du tourisme qui connaît la plus forte croissance, à 50 p. 100 par année. La côte Est du Canada, avec ses paysages splendides et ses gens accueillants, attire les touristes. Or, j'ai été étonné d'apprendre à quel point les touristes canadiens, américains et européens évitent cette région à cause de la chasse au phoque.
À Terre-Neuve, la province où la chasse au phoque est la plus pratiquée, plus de 1,3 million de touristes venus observer les baleines apportent près de 20 millions de dollars à l'économie provinciale. Les minces recettes tirées de la chasse au phoque, un secteur en plein déclin, n'arrivent pas à la cheville de ce montant.
Nous devons appliquer les principes de l'observation des baleines à la mise en place d'un secteur de l'observation des phoques, qui est fort prometteur.
Le sénateur Harb : On offre déjà des excursions d'observation des phoques sur la côte Est du Canada. À titre d'information pour mes collègues d'en face, je signale que la Presse Canadienne a récemment publié un article selon lequel l'écotourisme axé sur le phoque rapporte annuellement environ 1 million de dollars aux îles de la Madeleine et attire des visiteurs d'aussi loin que le Japon, la France, l'Italie, le Royaume-Uni et l'Allemagne.
Honorables sénateurs, permettez-moi de citer un site web sur le voyage qui recommande une visite aux îles de la Madeleine :
Ces îles sont un endroit magnifique pour observer la faune puisque plus de 50 espèces d'oiseaux s'y arrêtent au cours de la migration du printemps et de l'automne. Des troupeaux de phoques bordent de nombreuses plages et, au printemps, des guides locaux (bon nombre sont d'anciens chasseurs de phoques) amènent les visiteurs sur les glaces pour voir des blanchons.
En 2007, avec un quota total de plus de 13 000 bêtes, l'observation du phoque a entraîné un apport économique pour les îles de la Madeleine vraisemblablement supérieur aux recettes générées par l'industrie moribonde de la chasse commerciale au phoque. La cessation définitive de la chasse ferait augmenter les profits de l'écotourisme dans cette région.
Honorables sénateurs, je pourrais poursuivre, mais j'ai exprimé mon point de vue.
Les chasseurs de phoque ont tout à fait le droit d'être en colère, non pas parce que nous réclamons la fin de cette chasse anachronique, mais plutôt, comme l'écrit Bridget Curran, de Halifax, en Nouvelle- Écosse, pour la raison suivante :
Les chasseurs de phoque devraient être en colère contre un gouvernement qui les force à poursuivre une activité les menant dans un cul-de-sac, au lieu de les aider à se recycler et à tirer parti d'autres possibilités...
La solution, honorables sénateurs, va exiger une bonne dose de créativité et de pensée progressiste ainsi qu'un engagement véritable de la part du gouvernement. Il est temps de faire un pas dans la bonne direction. Les Canadiens de partout au pays le réclament, et les Canadiens qui pratiquent encore la chasse au phoque, une activité moribonde, ne méritent rien de moins.